Retour sur la 33e rencontre nationale des agences d'urbanisme

date: 
17/04/2013

Les 19, 20 et 21 novembre 2012, l’Audeso a participé à la rencontre nationale des agences d’urbanisme organisée à Bordeaux par l’A’urba sur le thème : « Chiffrer et déchiffrer les villes, intelligence territoriale et renouveau de l’action publique locale ».

L’Audeso a préparé l’atelier « Connaître et comprendre les dynamiques économiques des territoires pour anticiper et agir » en partenariat avec le club éco-FNAU et le Conseil régional d’Aquitaine. Présidée par Emmanuelle Ajon, conseillère régionale d’Aquitaine et animée par Anne-Véronique Vernardet, directrice de l’Audeso, la table ronde a réuni : Yves Champey, conseiller du directeur général de Genopole ; Gilles Crague, professeur à l’École nationale des Ponts et Chaussées et directeur adjoint du Laboratoire Techniques Territoires Sociétés (LATTS) ; Jean-François Vereecke, directeur de l’observation et de la prospective à l’agence d’urbanisme et de développement de la région Flandre-Dunkerque (AGUR) ; Gilles Poupard,  directeur des études économiques de l’Agence d’urbanisme et de développement économique du pays de Lorient (Audelor) et co-animateur du club éco-FNAU ; et Patrick Tanguy, responsable du pôle développement économique et stratégie de l’agence d’urbanisme de Marseille (AGAM) et co-animateur du club éco-FNAU.

Maillons d’un tissu économique aux contours de plus en plus complexes, soumises aux aléas conjoncturels dans une période de croissance atone, créatrices de richesses et d’emplois, usagers d’espace et de services, les entreprises sont d’une extrême diversité mais partagent l’obsession du temps court.

Pour les acteurs publics préoccupés d’attractivité économique, elles doivent être les moteurs du dynamisme territorial. Ils en craignent néanmoins les effets néfastes et ont besoin, pour pouvoir agir, d’être sensibles aux facteurs d’implantation des entreprises, de juger s’ils doivent mettre l’accent sur le développement endogène ou exogène, d’anticiper leurs mutations, d’adapter le temps long de la sphère publique au temps court de l’entreprise. Les acteurs publics semblent démunis pour comprendre les entreprises et le monde dans lequel elles évoluent. Il s’agira donc de brosser le tableau des outils de connaissance et de compréhension de la vie économique, le levier d’action publique qu’ils peuvent susciter.

  • Comment décrire le tissu économique territorial, comprendre ses dynamiques, envisager ses perspectives à moyen terme ?
  • Comment décrire la géographie de la vie économique, l’emboîtement des échelles spatiales dans lesquelles fonctionnent les entreprises ?
  • La chaîne de valeur ou comment illustrer la complexité engendrée par la multiplication des découplages (entre l’entreprise et ses établissements, entre les donneurs d’ordre et les prestataires, etc.) ?

1e séquence

Gilles Poupard(Audelor) a présenté le schéma directeur des zones d’activités économiques de Cap l’Orient Agglomération. Cette approche est basée sur la demande des entreprises : comprendre leurs demandes pour identifier leurs besoins. Ce travail a permis d’identifier 7 « familles » d’entreprises :

  1. les « accessibles » : qui recherchent avant tout une bonne accessibilité ;
  2. les « spacivores » : qui recherchent également une bonne accessibilité mais dont les besoins fonciers sont supérieurs à 2 ha ;
  3. les « polarisées » : qui souhaitent avant tout être au centre d’une zone de chalandise (activités de services par exemple) ;
  4. les « techno-tertiaires » : qui recherchent une centralité emblématique ;
  5. les « commerciales » : là aussi avec un souhait d’être situées au cœur d’une zone de chalandise mais pour les activités commerciales ;
  6. les entreprises qui recherchent la proximité (souvent des activités artisanales) ;
  7. les « maritimes » : liées à l’activité maritime de l’agglomération lorientaise.

L’Audelor a mesuré les besoins fonciers de chaque catégorie pour les années à venir afin, notamment, d’alerter les élus sur les disponibilités foncières pour chaque famille d’entreprises.

L’Audelor a également réalisé un descriptif du tissu économique innovant. Ce travail s’est inscrit dans le cadre du programme européen KnowCities qui a pour objectif le développement de l’économie de l’innovation et de la connaissance d’agglomérations de taille moyenne. Plusieurs critères ont été définis pour recenser ces entreprises innovantes : celles ayant déposé un brevet (120 entreprises), celles nominées aux trophées de l’innovation de la CCI, les laboratoires de recherche, par exemple. Cette démarche éclaire les élus un autre regard sur le tissu économique de leur territoire et sur sa connexion à l’économie de la connaissance.

Jean-François Vereecke(Agur) a présenté la démarche de la Toile industrielle, qui offre une représentation de la complexité du tissu économique du Dunkerquois. Au centre de cette toile se trouvent les entreprises principales du territoire : le port maritime de Dunkerque, puis les marchés internationaux et les sous-traitants. On retrouve sur cette toile les différents établissements industriels (nom, emplois, groupe, secteur d’activité, données diverses) et entre les établissements les inputs et outputs (matérialisés par des flèches). Elle constitue ainsi un outil de simulation en cas de choc économique sur le territoire (exemple de l’arrêt de la raffinerie de Total dont l’impact a pu être mesuré rapidement avec la toile industrielle, ou d’une crise du secteur automobile). Cet outil lié à une base de données dédiée constituée par l’Agence et que les entreprises alimentent prospectivement.

Plus d’information sur la toile industrielle

Patrick Tanguy(AGAM) présente une démarche de diagnostic précoce des difficultés des entreprises réalisée par l’agence de Marseille. L’AGAM et ses partenaires ont acquis une base de données sur les entreprises, réactualisée tous les mois, sur les entreprises leur permettant de suivre la situation financière du tissu économique local. Cette base fournit notamment des informations sur les retards de paiement des entreprises ainsi qu’une notation (de 0 à 20) de leur situation financière. Elle fournit un outil pour cerner les difficultés des entreprises pendant la crise économique. Il reste ensuite à agir auprès des entreprises ainsi identifiées. Cette démarche permet d’optimiser les différents dispositifs d’aides aux entreprises des CCI ou du Conseil régional.

2e séquence

Gilles Crague(LATTS) estime qu’il existe une méconnaissance des entreprises dans le milieu de l’urbanisme et de l’aménagement. Comment y remédier ? Il s’agit tout d’abord de bien différencier l’information économique de l’information sur les entreprises. Il y a également un besoin de comprendre les assemblages productifs. Ces assemblages de facteurs de production sont multi-échelles ce qui complexifie l’appréhension de la production.

Par exemple, aujourd’hui, seuls 15% des établissements français ont une autonomie complète dans la définition de leurs objectifs. Les établissements ancrés sur le territoire sont donc de moins en moins autonomes. On assiste à une complexification de la décision économique (qui est parfaitement illustrée par la notion de toile industrielle). Les directeurs des sites sont de moins en moins des « patrons » et il est difficile d’identifier l’entité influente de l’établissement sur le territoire. Néanmoins, les grands groupes ne sont pas tout à fait insensibles aux territoires.

Patrick Tanguy (AGAM) met en évidence la différence de culture entre le monde économique (dont l’entrée principale est l’entreprise et le court terme) et le monde urbain (où l’entrée principale est le territoire et le long terme). L’économie est un monde de flux, l’urbanisme un monde du stock. L’économie s’intéresse ainsi à des variables d’évolution plutôt que des variables d’état et évolue dans un univers de la multiplicité des décisions. L’entrée territoriale de l’économie est donc différente de celle de l’urbanisme qui apparaît plus figée. La convergence entre les deux est nécessaire mais difficile à mettre en œuvre.

3e séquence

Yves Champey (Genopole) présente la cartographie de la filière santé en Île-de-France réalisée par le pôle de compétitivité Médicen Paris Région. Les objectifs étaient de définir la notion de filière santé, de mieux identifier les PME qui sont le cœur de cible du pôle de compétitivité, de comprendre et de définir l’écosystème dans lequel se développent les PME du monde de la santé (formation, recherche, activités connexes, établissements de soins,…). Le diagnostic a notamment permis de mettre en valeur la complexité du monde de la santé et de définir les chaînes de valeur de la filière : 9 chaînes de valeur ont ainsi été définies et, au sein de chacune d’elles, le positionnement des entreprises du pôle de compétitivité Médicen. Le travail réalisé a été mis à la disposition des entreprises concernées (environ 350 en Île-de-France).

Pour savoir plus : consultez l'article de l’Audeso publié dans Traits d’Agences n°57 : « Observation (L') économique territoriale au service des entreprises et de l'action publique »

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